Nous sommes aujourd’hui et depuis le début du mouvement contre la loi travail venus exprimer notre refus de voir passer cette loi scélérate. Nous n’allons pas décortiquer une énième fois son contenu, cette loi n’est qu’une branche pourrie d’un arbre encore plus pourri qui s’appelle le capitalisme.

Structurellement elle répond à un impératif vital pour la classe capitaliste ; augmenter leur taux de profit dans le contexte de crise du capitalisme soit par la casse des salaires soit par l’augmentation de la productivité. De ce fait, la classe dominante instaure de nouvelles règles dans ce monde de compétition en mettant les travailleurs en concurrence entre eux. Nous ne serons jamais compétitifs tant que nous ne serons pas au niveau du « Bengladesh ».
Il n’y a rien de neuf sous le soleil, le capitalisme n’est pas qu’un système de production économique basé sur la propriété privée des moyens de production et d’échanges, c’est aussi et avant tout un rapport social basé sur la domination (l’exploitation de l’homme par l’homme) ; le code du travail qui est aujourd’hui remis en cause par cette loi, n’est rien d’autre que la retranscription sur du papier du rapport de force de la lutte des classes, c’est juste ce que nous autorise le patronat, les exploiteurs, la bourgeoisie comme droit, comme protection collectives et individuelles, nous qui sommes contraints et réduits à nous prostituer sur le marché de l’emploi en nous mettant en concurrence contre les autres travailleurs et en nous vendant au moins disant social dans ce monde ou tout est marchandisé.
Il ne peut en être autrement dans une société capitaliste, telle est sa logique. Il est de notoriété publique que la Grèce est présentée comme le laboratoire de l’Europe pour les mesures d’austérité, ce n’est même pas caché par la classe dominante décomplexée. Par exemple Jean-Claude Juncker (le président de la Commission Européenne) a dit à propos de la loi travail : «  la réforme du droit du travail voulue et imposée par le gouvernement Valls est le minimum de ce qu’il faut faire. Le minimumn oui, parce que la suite, le maximum, c’est les réformes qui ont été imposées au grecs ».

Pourquoi rappeler cet état de fait ?

Parce que nous sommes toutes et tous conscients des logiques à l’œuvre et que pour y mettre un terme, nous sommes toutes et tous aussi conscients que le rapport de force nécessaire au changement sera de l’ordre d’un mai 68 puissance 10 à minima.

Parce que nous ne voulons pas oublier que cette maigre protection que nous avons au travers du code du travail n’est pas le fruit du bon vouloir, de la bienveillance ou de la charité du patronat, mais bel et bien le résultat de luttes sociales violentes comme par exemple celle pour l’obtention de la journée des 8 heures qui voyait fréquemment les manifs se terminer en émeutes, voilà la réalité historique des concquis sociaux tel le code du travail. Il y a du sang de travailleurs, du sang d’exploités dans le code du travail, ne l’oublions jamais.

« Il y a trois sortes de violence. La première, mère de toutes les autres, est la violence institutionnelle, celle qui légalise et perpétue les dominations, les oppressions et les exploitations, celle qui écrase et lamine des millions d’hommes dans ses rouages silencieux et bien huilés.

La seconde est la violence révolutionnaire, qui naît de la volonté d’abolir la première.

onfaitcommedab

La troisième est la violence répressive, qui a pour objet d’étouffer la seconde en se faisant l’auxiliaire et la complice de la première violence, celle qui engendre toutes les autres.

Il n’y a pas de pire hypocrisie de n’appeler violence que la seconde, en feignant d’oublier la première, qui la fait naître, et la troisième qui la tue. »

Notre émancipation passera par là, et « Le monde ne sera sauvé s’il peut l’être que par les insoumis » dixit André Gide. 

Tous cela juste pour rappeler qu’aucune conquête sociale ne s’est faite par des élections mais toujours par des luttes, de très hautes luttes.
Inconsciemment nous venons de parler de révolution (violences révolutionnaires), nous qui peinons à dépasser le stade de l’indignation pour rejoindre celui de la révolte. Mais la révolution, il faut la faire dans sa tronche avant de la faire dans la rue, c’est pour ça qu’on la fait pas dans la rue !
Et pourquoi ne la fait on pas dans sa tronche la révolution ?

Parce que nous pensons avec les mots et qu’aujourd’hui il faut redonner du sens au mots.
Il faut se réapproprier le langage,
« Tant que nous penserons dans la langue de nos maîtres, nous resterons asservis ; non seulement nous ne panserons pas nos maux mais nous consentirons à les aggraver » Claude Ramin.
Le syndicalisme « gagnant », celui qui a permis toutes les conquêtes sociales, ne s’embarrassait pas du verbiage bourgeois, il nommait les choses pour ce qu’elles étaient et non pas pour ce que le pouvoir voulait les faire passer.
On appelait l’État, le comité exécutif du capitalisme ; un patron, un exploiteur ; un salarié, un esclave ; etc…
Ce syndicalisme là, était empreint d’idéaux révolutionnaires, d’utopies et il était offensif, affirmatif.

ter_niloinitravail

Et pour cela, rappelons nous l’histoire encore une fois, car ceux qui ignorent l’histoire sont condamnés à la revivre. L’année dernière, c’était l’anniversaire des 120 ans de la CGT. Regardons donc dans le rétroviseur, qu’était la CGT il y a 120 ans en arrière ?

Alors que le système distille chaque jour toujours plus, la résignation, l’égoïsme et la peur, il ne tient qu’à nous de résister, de s’indigner, de lutter partout en faisant preuve d’esprit critique, de réhabiliter le sens des mots et la visée oubliée d’autres perspectives émancipatrices.
On ne s’émancipera pas en revendiquant le code du travail du 21ème siècle, c’est à dire en défendant le travail aliéné, on s’émancipera seulement lorsqu’on aura aboli le salariat. Au travail aliéné opposons le travail libre, l’égalité sociale et économique, il est grand temps de remettre justement dans les tronches un peu d’utopie, d’idéal émancipateur, sans quoi nous nous réduisons de fait à l’impuissance.